UN PORT SOCIAL ET NEUTRE SUR LE PLAN CLIMATIQUE

Avec Ineos Will Fall, nous agissons pour un port d’Anvers neutre sur le plan climatique. Pour nous, ce combat est indissociable de la lutte pour des emplois de qualité et le respect des salariés. Ce ne sont pas juste des mots, nous en tenons également compte dans nos actions.

Fin 2019, une grève de six semaines a eu lieu à Ineos Phenol dans le port d’Anvers. Nous, militants climatiques d’Ineos Will Fall, avons décidé de soutenir cette grève et avons rejoint à huit reprises les employés d’Ineos, aux petites heures, sur le piquet de grève. Nous avons ainsi montré clairement que nous soutenons sans équivoque la lutte pour un environnement de travail sain et sûr qui respecte les droits fondamentaux des travailleurs. Il est impossible de penser un port circulaire et climatiquement neutre sans les connaissances et l’expérience des personnes qui y travaillent.

Lors de notre présence au piquet de grève, nous avons écouté les travailleurs et employés, des voix qui ne sont pas toujours entendues au sein du mouvement climatique. Nous avons ainsi appris comment les membres du conseil d’administration d’Ineos punissent leurs travailleurs pour simplement avoir exprimé des inquiétudes concernant leur sécurité et leurs droits sociaux. C’est inquiétant et nous pensons que ce type de gestion d’entreprise n’a pas sa place dans le port à venir.

La raison de la grève chez INEOS Phenol était le licenciement d’un homme avec 27 ans de service. Ce n’est pas un hasard que cet homme, en tant que représentant syndical, s’était déjà opposé à la mauvaise gestion sociale d’Ineos dans le passé. En 2009, il avait intenté un procès pour défaut de paiement du nombre exact de jours fériés. Le tribunal du travail de Gand s’est finalement prononcé en faveur des employés d’INEOS Phenol et a condamné la société à leur verser des indemnités pour un montant total de 2,6 millions d’euros. En 2011, le Conseil d’État a dû intervenir pour protéger le droit de grève menacé des travailleurs d’INEOS Feluy.

La mauvaise gestion du géant de la chimie ne se limite pas aux sites belges : elle fait partie de la culture d’entreprise d’INEOS. Le propriétaire d’INEOS, Jim Ratcliffe, est devenu multimillionnaire en achetant, liquidant et revendant des entreprises, une pratique qui n’apporte que peu de valeur ajoutée au niveau social. En 2013, il a menacé de fermer l’ensemble du site d’Ineos à Grangemouth (Royaume-Uni), à moins que les employés et les syndicats ne conviennent d’un gel des salaires et d’une interdiction de grève pour 3 ans. 

Malgré la politique antisociale et les processus de production extrêmement polluants d’INEOS, le gouvernement flamand fait tout ce qui est en son pouvoir pour aider cette entreprise à se développer. Pour Project One, INEOS peut ainsi compter sur des millions d’euros d’aides d’État – le gouvernement flamand garantit jusqu’à 500 millions d’euros pour le financement des deux nouvelles usines – ainsi que sur d’énormes réductions de leur facture énergétique.

Dérouler le tapis rouge pour ce projet est tout sauf raisonnable sur le plan économique. L’investissement est si risqué que les banques et autres investisseurs n’interviendront que si le gouvernement flamand se porte garant pour un demi-milliard d’euros. Le business plan de ce nouveau projet d’usine n’est apparemment pas si solide. En outre, le port menace de manquer complètement le train lors de la transition vers un port circulaire et verra donc sa position concurrentielle se détériorer. Project One n’est pas le projet d’avenir auquel devrait servir l’argent de nos contribuables. 

Au moment où les yeux doivent être fixés sur la transition vers un port circulaire et climatiquement neutre, Ineos Project One est un retour en arrière. Cette transition est un défi énorme, mais elle offre également de nombreuses opportunités. Elle peut améliorer la qualité de vie dans de nombreux domaines : outre un climat vivable, elle permet également d’obtenir une meilleure qualité de l’air, actuellement un problème majeur à Anvers. En outre, la transition vers un port sans matières fossiles est également une nécessité absolue d’un point de vue économique. Avec la poursuite des investissements dans l’industrie fossile, les coûts et les dommages à prévoir dans un avenir proche sont incalculables (inondations, vagues de chaleur, tempêtes, incendies de forêt). L’industrie fossile, et l’industrie du gaz de schiste en particulier, est également connue pour ses violations des droits humains : les gens sont chassés de leurs terres, les résidents locaux tombent malades, et la nature est empoisonnée et irrémédiablement endommagée. Avec Ineos Will Fall, nous ne voulons pas d’une industrie qui se se nourrit de telles violations.

Un port circulaire et climatiquement neutre est la meilleure garantie d’un avenir sain et prospère. Avec Ineos Will Fall, nous exigeons qu’à partir d’aujourd’hui, la politique industrielle se concentre sur l’attraction d’activités qui s’inscrivent dans une vision du port neutre du point de vue carbone et climatique, tout en fournissant des emplois de qualité. Au lieu d’accorder des subventions à des entreprises antisociales qui ne font qu’exacerber le changement climatique, Ineos Will Fall demande la création d’un fonds de transition sociale. Un tel fonds peut être utilisé pour garantir autant que possible la sécurité de l’emploi et des revenus des travailleurs du port et de ses environs, et pour la réorientation et la formation professionnelle afin que les travailleurs puissent facilement trouver de l’emploi dans une nouvelle économie circulaire.

La coopération entre le mouvement climatique et le mouvement ouvrier ne va pas toujours de soi. Il y a, par exemple, des différences de cultures : cela était perceptible sur le piquet de grève. Les premiers contacts étaient maladroits, les grévistes se demandaient ce que nous faisions là et craignaient que nous n’accaparions l’attention. Notre solidarité activement exprimée par notre présence chaque matin à 6 heures, bravant le froid glacial avec les travailleurs et travailleuses, a été appréciée et nous a rapprochés.

La méfiance des travailleurs est compréhensible : leur avenir immédiat et leur gagne-pain sont en jeu. Trouver un nouvel emploi en dehors de l’industrie pétrochimique n’est pas une chose évidente. Si l’industrie fossile d’aujourd’hui se retire ou s’effondre soudainement, ce sera une tragédie pour de nombreuses familles. Le souvenir du drame social de la fermeture des mines est toujours vivant. Ineos Will Fall prend clairement position sur ce point : il ne peut être question que les travailleurs et les ouvriers paient le prix du comportement irresponsable des investisseurs et des entrepreneurs de l’industrie fossile.

INEOS Project One n’a pas sa place dans un port du futur. C’est un projet désastreux pour le climat et l’environnement, mené par une entreprise dont la culture de gestion est antisociale. Nous nous adressons donc à toutes les organisations de travailleurs et organisations sociales qui, avec nous, exigent des politiques et investissements avec une vraie vision : la transition vers le port du futur sera sociale ou ne sera pas !